Mode - Rencontres

Victoire de Villiers, créatrice des sacs arty Louvreuse

27 mars 2018

Du haut de ses 26 ans, Victoire de Villiers, blonde pétillante à la frange savamment effilée, est la preuve vivante que des salles rutilantes du musée du Louvre aux ateliers de maroquinerie des Pays de la Loire, il n’y a qu’un pas (et quelques longues années d’études). Originaire de la belle ville de Nantes, la jeune femme s’installe à Paris dès sa majorité, où elle prépare les concours d’entrée aux grandes écoles de commerce. Admise à l’ESSEC, elle profite d’un partenariat entre la grande école et l’Ecole du Louvre pour apprendre les ficelles du management et de la gestion tout en développant ses connaissances artistiques et culturelles : « A l’Ecole du Louvre, les cours sont dispensés directement dans les salles du musée, j’ai donc eu la chance de côtoyer presque quotidiennement tout ce que l’humanité a produit de plus inspirant. Ces trois ans à me balader d’aile en aile m’ont permis d’avoir un bon aperçu de l’histoire de l’art et des différents courants artistiques qui la rythment. » Son double diplôme en poche, la jeune femme choisit d’approfondir son attrait naturel pour la mode et le design à l’Institut Français de la Mode. Un stage de 6 mois chez le chausseur Chatelles, où elle apprend à développer un produit de A à Z, finit de la convaincre de tenter l’aventure entrepreneuriale : « Ca faisait déjà un bout de temps que l’idée de lancer ma marque d’accessoires me trottait dans la tête et j’ai profité de ces deux derrières années d’études à l’IFM pour enfin sauter le pas. »

Entre deux cours Quai d’Austerlitz, Victoire décide donc de se lancer dans la maroquinerie et plus particulièrement dans la création de sacs à main, qu’elle considère comme de véritables objets d’art : « C’est fou comme ce type de produit permet de s’exprimer, à travers le choix des formes, des matières et des couleurs. J’envisage le sac comme un objet design avant de le voir comme un objet utilitaire, même si c’est bien pratique ! » Comme nom de marque, elle choisit « Louvreuse », en clin d’œil à ses années à arpenter les couloirs du Louvre mais aussi en référence aux ouvreuses, ces femmes qui sont chargées de placer les spectateurs dans les théâtres : « C’était important pour moi de lier art et divertissement. C’était vraiment l’image que j’avais envie de donner à mes créations, à la fois inspirées et festives. »

La première collection de sacs et de petite maroquinerie imaginée par la jeune chef d’entreprise sort un peu avant l’été 2017 et propose des créations aux formes géométriques originales : « Le sac rond Kasimir, qui fait partie de nos premiers modèles, nous a fait connaître au grand public. Il a tout de suite eu beaucoup de succès grâce à son look vintage très tendance. Et en même temps, même si le visuel semble l’emporter sur le côté pratique, il reste très fonctionnel car on peut vraiment y ranger tous ses petits trésors. » Pour sa première campagne, Victoire choisit l’influenceuse Elsa Muse comme égérie : « Je cherchais vraiment une personnalité à l’univers pop et arty pour représenter cette toute première collection, ce qui correspond parfaitement à Elsa qui a monté son propre studio de création. Pour la campagne de ce printemps-été, j’ai fait appel à la designer florale Philippine Fontaine. J’aime son style très frais qui colle tout à fait avec le thème et les couleurs des nouveautés. »

Pour trouver l’inspiration, cette spécialiste de la peinture française n’a qu’à piocher dans ses classeurs d’histoire de l’art : « Je suis une grande fan des peintres abstraits Sonia Delaunay et Kasimir Malevitch, plus particulièrement de leur étude des formes et de la couleur, ainsi que du mouvement Art Déco, dont je me suis inspirée pour créer la bijouterie très graphique de mes sacs. » En plus de modèles plus classiques, Victoire propose chaque saison une capsule de pièces fortes en édition limitée, inspirées par ses différents coups de cœur artistiques : « Ce printemps-été 2018, le clin d’œil aux images de Magritte, aux tags de Roy Lichtenstein ou encore aux lignes de Mondrian est évident, même si je trouve important de laisser chacun en faire sa propre interprétation. »

Chaque nouvelle collection de sacs et de petite maroquinerie prend vie de la même façon : après avoir défini un thème et réalisé un moodboard d’inspiration, Victoire de Villiers choisit les matières et les coloris des différentes pièces, puis fait fabriquer des prototypes afin de tester ses idées en conditions réelles : « Tout ce travail en amont me permet de proposer des produits qui dureront dans le temps, ce qui est très important pour moi. » Elle est aidée dans toutes ces étapes par une petite équipe d’amateurs de belles choses dont font partie Manon, qui s’occupe du développement commercial de la marque mais aussi du suivi de la production, et Jean-Christophe, le « Monsieur Chiffre » de la bande. Une fois les derniers ajustements effectués, la collection est présentée aux acheteurs puis à la presse : « On a un timing très serré et la plupart du temps on a à peine terminé de faire la promotion d’une collection qu’il faut déjà commencer à réfléchir à la suivante  ! »

La jeune femme, qui a grandi en Vendée, département connu pour son expertise du cuir, met un point d’honneur à produire l’intégralité de ses collections en France : « J’ai la chance de travailler avec de très beaux ateliers du Grand Ouest. Ils m’apportent leur savoir-faire et me permettent de proposer une qualité et des finitions dignes des plus grandes maisons de luxe. Je suis très privilégiée et je pense que le fait d’avoir grandi dans la région m’a un peu aidé. » Pour le cuir, Victoire se fournit autant que possible en France mais il lui arrive de craquer pour des peaux italiennes au rendu plus mode. Les salons professionnels comme Première Vision Paris lui permettent de rencontrer de nombreux artisans qui partagent son goût de l’exigence : « Pour moi, le made in France a toujours été un point non-négociable, même si c’est un véritable challenge en tant que jeune marque. C’est aussi important pour les clients, qui sont de plus en plus soucieux de la provenance de ce qu’ils achètent. Je suis fière que Louvreuse porte ces valeurs de continuité et de transmission de l’excellence française. »

En septembre 2017, Victoire ouvre sa première boutique dans le très chic 7e arrondissement de Paris. Pour imaginer cet écrin mi-magasin/mi-atelier, elle fait appel à Marion Galtier, fondatrice du label Bonheur Permanent, et à Lucie Coudurier, architecte d’intérieur. Inspirées par les couleurs pop et les lignes courbes du style Memphis, très populaire dans les années 1980, les deux créatives transforment l’ancienne retoucherie en véritable bulle de fantaisie où se frôlent, sans jamais se gêner, le jaune vanille, le rose poudre et le bleu outremer.

En plus de proposer tous les sacs, pochettes et porte-monnaie de la marque, la boutique Louvreuse accueille plusieurs fois par an d’autres créatrices de mode ou de déco autour d’un thème prédéfini par la jolie vendéenne : « Je choisis une thématique selon la saison à venir ou les tendances du moment et j’invite plusieurs créatrices ou artistes à venir exposer leurs œuvres. J’aimerais beaucoup développer ce côté galerie, surtout que le style de la boutique se prêterait bien à ce type d’événement. » Tous les quinze jours, Victoire propose aussi des ateliers de broderie ou encore de création de bijoux en petit comité : « Le plus souvent, j’essaye de les organiser avec les créatrices qui sont mises en avant dans la boutique, afin qu’elles puissent partager un peu de leur savoir-faire. C’est toujours un très bon moment ! »

Si la collection printemps-été de Louvreuse vient à peine d’arriver en boutique, l’entrepreneuse en herbe a déjà beaucoup de projets pour l’avenir plus ou moins proche : « Je travaille déjà sur les thèmes de l’été prochain, mais j’ai hâte de dévoiler l’univers de la collection de cet automne-hiver ! Sans trop en révéler, elle sera plus mystérieuse que les précédentes, avec des teintes profondes comme le lie de vin et le vert émeraude, et des matières luxueuses comme le velours et la peau lainée. » La jeune femme, qui adore les collaborations, prépare aussi une collection capsule avec La Seine & Moi, une marque de fausse fourrure 100% vegan et fabriquée à Paris : « Avec Lydia Bahia, la créatrice, on a imaginé deux sacs en velours avec un rabat en fausse fourrure. Le résultat est vraiment sympa ! » Dans ses rêves, elle aimerait aussi beaucoup collaborer avec une marque de chaussures comme Carel ou Roger Vivier, dont elle apprécie le style et la capacité à toujours se renouveler.

De façon plus plus pragmatique, Victoire de Villiers voudrait aussi développer le réseau de distribution de sa marque : « Pour le moment, en plus de l’e-shop et de la boutique, on peut trouver mes créations dans une vingtaine de magasins multimarques, mais le but serait d’avoir encore plus de revendeurs dans toute la France, et pourquoi pas de s’exporter dans le monde entier ! ». Mais cette Parisienne d’adoption n’en oublie pas pour autant son amour de la capitale : « J’aimerais vraiment ouvrir d’autres boutiques à Paris, sur le même concept que la première : un lieu à part et modulable, prêt à accueillir toutes les fantaisies. » En attendant l’inauguration de ces galeries d’un autre genre, les nouveautés signées Louvreuse, dont un sac banane au look résolument nineties, feront bientôt le bonheur des clients du Printemps Haussmann, qu’elles sont sur le point de rejoindre, à l’étage des accessoires.

 

Photos corps de l’article © Florie Berger, Pierre Mouton

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